Injection Péri-Variqueuse d’HA

Que se passe-t-il lorsque qu’un spécialiste en médecine vasculaire intègre à sa pratique l’utilisation d’acide hyaluronique et en exploite l’intérêt des propriétés viscoélastiques ? En naît une nouvelle approche prometteuse dans le traitement des varices. Explications du Dr Jean Emsallem.

Injection Péri-Variqueuse d’Acide Hyaluronique, une nouvelle approche du traitement des varices.

Que se passe-t-il lorsque qu’un spécialiste en médecine vasculaire intègre à sa pratique l’utilisation d’acide hyaluronique et en exploite l’intérêt des propriétés viscoélastiques ? En naît une nouvelle approche prometteuse dans le traitement des varices. Explications du Dr Jean EMSALLEM.

Le 30 Mai 2016, j’ai testé une nouvelle technique dans le traitement des varices, l’injection Péri-Variqueuse d’Acide Hyaluronique. La procédure consiste à déposer des gouttes d’acide hyaluronique (HA) autour d’une varice, afin de créer un manchon compressif, grâce aux propriétés viscoélastiques de ce produit en mesure de créer une « contention » directe de la varice.

Comment être arrivé à cette technique ?
Médecin Vasculaire en cabinet privé depuis 1990 et ancien attaché en Phlébologie des hôpitaux de Marseille depuis 1987, j’ai suivi depuis trois ans des formations intensives de Médecine Esthétique, notamment en techniques d’injection d’acide hyaluronique à des fins de comblement et de réhydratation.
Or, dans les nombreuses publications et congrès auxquels j’ai pu assister, un des écueils principaux mis en avant par les auteurs, est l’injection intravasculaire ou péri-vasculaire accidentelle, dont il faut se méfier sous peine de grave complications nécrosantes. Certes, la connaissance parfaite de l’anatomie permet d’éviter une partie de ces accidents, mais pas totalement, et je pense d’ailleurs que l’utilisation des moyens modernes de repérage comme l’échographie ou la lampe laser infrarouge sont indispensables.
Aussi en 2013, le Dr Ragg avait breveté un procédé intéressant pour restaurer les valves par injection péri-veineuses de fluide visqueux. Une telle injection aux effets compressifs, mêmes temporaires, était fort intéressante à tester.
J’ai donc naturellement pensé à me servir de cet effet compressif pour traiter ce que je traite depuis longtemps : les varices.

Cas clinique et Technique
J’ai effectué des injections péri-variqueuse d’acide hyaluronique chez une patiente de 43 ans en bon état général, autour d’une varice assez commune dans la population, à la face externe de la cuisse.
Les varices tronculaires étaient d’un diamètre significatif d’environ 3 mm, vertes ou bleues et souvent en relief sous la peau. Nous considérons qu’à partir de ce diamètre, les risques de complications thromboemboliques débutant par une phlébite superficielle, deviennent plus importants.
Ces varices tronculaires alimentaient des varices réticulaires et télangiectasies très fines, violettes ou rouges. L’ensemble entrainait des signes dysesthétiques, mais surtout des troubles fonctionnels classiques comme lourdeurs du membre inférieur et brulure à la station debout.
Les injections ont été faites à la canule de 27 Gauge, dont le bout mousse permet de ne pas délabrer les tissus, ni de transfixer les vaisseaux.
De la manière la plus hémicirculaire possible, j’ai injecté 0,6 cc d’acide hyaluronique moyennement volumateur sur les tronculaires et 1 cc d’acide hyaluronique fluide autour des réticulaires et télangiectasies. Le repérage était fait à la lampe laser infrarouge pour éviter les petits hématomes superficiels.
J’ai procédé comme pour la technique classique de sclérose écho-guidée du Dr Frédéric Vin, sous visualisation et repérage écho-Doppler, mais au lieu d’injecter directement de la mousse de produit sclérosant dans la varice par la méthode du Dr Alain Monfreux, et qui reste évidemment l’excellente technique de référence, j’ai injecté les HA autour des varices. L’échographie me permet de voir exactement où se dépose le bolus d’HA, dans quel plan, à quelle quantité et d’en vérifier l’effet compressif immédiat.
Puis j’ai terminé la séance, comme pour les écho-scléroses habituelles que je pratique depuis 30 ans, par 10 minutes de pressothérapie et recommandé à la patiente le port d’une contention élastique de classe 2 pour les 7 journées suivantes.

Résultats
Les injections n’étaient pas douloureuses et aucune inflammation cliniquement décelable n’était observée. Visuellement, l’affaissement des varices était immédiat et les signes fonctionnels étaient considérablement et rapidement atténués. Le tableau des derniers examens faits à 10 mois paraissent encore stables.
À certains endroits, le bolus apparaissait en voie d’organisation, c’est-à-dire que son aspect était hétérogène et mélangé au tissu conjonctif environnant.
Ce qui est intéressant, c’est qu’il reste compressif sur la varice et le plus gros diamètre enregistré n’excède pas 1,5 mm. Ailleurs, la varice restait totalement obturée. Enfin, on observait même quelques gouttes encore anéchogènes et compressives, comme si elles venaient d’être injectées.

Perspectives
J’ai présenté ce premier cas aux 75e journées de la Société Française de Phlébologie, en décembre 2016, où il m’a été délivré le prix de la Meilleure Séquence Flash pour l’Apport Scientifique et Technique.
Mais une vaste étude est maintenant nécessaire pour étendre les indications de ce dispositif médical et évaluer :

  • les moyens (aiguilles, canules droites, courbes, etc.)
  • les quantités de produits,
  • leur qualité (fluide, moyenne, volumatrice),
  • les effets bénéfiques (réduction immédiate du diamètre, occlusion extrinsèque),
  • leur durée,
  • les effets secondaires (nodules, granulomes …)
  • l’absence d’inflammation ou de douleur,
  • la possibilité de traiter des thrombophiles,
  • de compléter à la sclérose mousse après avoir réduit le diamètre de varices volumineuses.

Cette nouvelle technique soulève également des questions sur d’autres indications possibles , comme celle de traiter le système des veines profondes et les cas post-phlébite ; celle de traiter une femme enceinte ou des patients fragiles porteurs d’autres syndromes inflammatoires ; réduire un anévrisme artériel ou veineux ; et enfin, pourquoi pas celle de traiter préventivement des personnes « normales », c’est-à-dire sans pathologie veineuse, comme au préalable de voyages fréquents en avion, avant les décélérations des pilotes de formule 1 ou pour les voyages dans l’espace ?

Dr Jean Emsallem est Médecin Vasculaire, Angiologue, à Marseille. Auteur de nombreuses publications scientifiques, il intervient fréquemment lors de congrès médicaux. Il est également Président Directeur et fondateur de l’École Marseillaise de Phlébologie et Président de l’AMPIL (Association médicale pour le Promotion Internationale du Laser).

Author: Body Language

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