Lipofilling du visage

Dr Kamal CHERIF-ZAHAR partage son approche et son expertise de la technique du lipofilling

Lipofilling du visage

En passe d’être l’intervention anti-âge phare, le lipofilling n’a pas toujours été en grâce auprès des praticiens ou des patients et son parcours a été quelque peu chaotique, fait de revers et d’engouements, avant d’être aujourd’hui consacré. Dr Kamal CHERIF-ZAHAR, qui en a connu les premiers balbutiements, revient sur les raisons de son succès actuel, mais aussi de son insuccès passé, et partage son approche et expertise de la technique.

Pour qui veut entretenir la jeunesse et la beauté de son visage à long terme, de la façon la plus naturelle qui soit, le lipofilling a désormais fait la preuve de son efficacité. Pourtant, longtemps considérée à tort comme inefficace en comparaison des fillers exogènes, cette technique a fini par s’imposer d’elle-même, sans « sponsors » pour la promouvoir. Je suis heureux de voir enfin écrit partout que le lipofilling est une technique efficace qui fonctionne sur le long terme, après des années de publications affirmant le contraire ou à le compliquer, car je me bats depuis plus de 20 ans à convaincre mes patients que le lipofilling fonctionne, envers et contre toutes leurs lectures, bouche à oreille ou opinions de certains confrères affirmant que cela ne prend pas.
Après un rappel historique, je me propose donc ici de donner ma vision « d’indications minimalistes » à renouveler sur le long terme concernant le lipofilling du visage, une sorte de ligne de conduite que je défends et recommande à mes patients, puis de détailler ma technique personnelle, très simple et pratiquement inchangée depuis les années 80, afin de renverser la notion qui l’entoure, d’être une technique univoque. En effet, toutes se valent selon moi, que l’on décante comme Pierre Fournier, que l’on filtre comme Marc Abecassis, que l’on presse grossièrement dans une compresse comme Takasu ou que l’on centrifuge à la main comme Pierre Fournier dans les années 80, avant qu’il ne trouve que cela n’avance à rien, voire même dans une machine, un Coleman, ça marche aussi j’ai essayé !

Définition, synonymes, étymologie
Définition
Le lipofilling est une greffe autologue de lobules graisseux prélevés par liposuccion et injectés à la seringue, dans un but de comblement visant à un effet définitif et/ou de rénovation tissulaire, grâce aux cellules souches qui y sont contenues. À cette définition assez complète, j’ajouterais celle glanée sur le net, « Le lipofilling est un concept mis au point dans les années 1985 par le Dr Fournier, précurseur de la lipoaspiration. C’est surtout à partir de 1995 que la réinjection de graisse autologue, aussi appelée lipostructure, est devenue une méthode réellement fiable. (S. Coleman) ». Pour la nomenclature des actes médicaux (CCAM), c’est enregistré sous le code QZLB001, injection sous cutanée sus fasciale de tissus adipeux. Note : Comblement de dépression cutanée selon Coleman. Prix de l’acte : 250,8 euros.

Synonymes
Lipofilling, filling, micro lipo injection, transfert graisseux, lipomodelage, lipostructure, injection de graisse, autogreffe adipocytaire, Coleman, Fournier et d’autres m’ayant certainement échappé.

Étymologie
Fill in (remplir) est à l’origine de la déformation en filling, l’injection dans tous les plans sous cutanés est à l’origine de lipostructure, mais on est en sous fascial ce qui contredit la CCAM.

Historique
Je ne peux envisager l’historique du lipofilling sans évoquer sa longue marche silencieuse avant de se faire admettre, entre efficacité de la technique mise en doute, fausses vérités sur les « pourcentages » de prise des greffons, soupçons de dangerosité liée au dépistage du cancer du sein jusqu’à son interdiction aux États-Unis pour revenir en grâce quelques années plus tard, ou encore rumeurs d’inefficacité véhiculées et entretenues par des fabricants « d’ampoules » à l’image de la concurrence féroce avec les produits soutenus par les laboratoires.
Quelle rage pour un chirurgien qui sait que c’est efficace, de voir la technique décriée et véhiculée en sous-main pendant des années, comme au temps de la prohibition, lorsque je défendais alors, le « Lipofilling exclusivement », publication refusée deux fois pour finalement rester au placard jusqu’à ce jour, et qui argumentait en faveur d’une utilisation exclusive du lipofilling comme indication du rajeunissement ou de l’embellissement du visage par comblement, à l’exclusion de tout autre filler. J’ai depuis mis de l’eau dans mon vin et en utilise volontiers, isolément ou associés au lipofilling.
Si le lipofilling a bel et bien fait son apparition publique, ou selon l’expression consacrée, son « coming out » et que cette technique est devenue le sujet le plus commenté dans les congrès de chirurgie et de médecine esthétique, à en croire et lire la littérature, celui-ci serait devenu fréquentable en 1995. En réalité, c’est bien près de 10 ans plus tôt que Pierre Fournier en a posé les bases techniques et les a généreusement enseignées à travers le monde et pourtant, si au congrès de la Sofcpre en 2015 un nombre significatif de publications portaient sur le lipofilling, dix ans plus tôt en 2005, pas une !
L’histoire du lipofilling pourrait donc se réduire à quelques dates et quelques noms, pour ma part, je la diviserais en deux grandes périodes :

Celle de Pierre Fournier pendant laquelle le lipofilling est pratiqué par quelque initiés passant une grande partie de leur consultation à défendre la technique auprès de leurs patients, face à une inondation médiatique en sa défaveur et faisant la promotion des collagènes jusqu’à leur retrait du marché, puis celle de l’acide hyaluronique, pour ne parler que des deux fillers exogènes les plus largement répandus. Pour prouver que la greffe adipocytaire prend de façon visible et durable, Pierre Fournier a passé un accord avec l’une de ses patientes et amie, consistant à lui faire plusieurs injections de graisse uniquement sur la pommette gauche, jusqu’à obtenir une telle augmentation que l’on prenait cela pour un lipome par contraste avec le côté opposé. Cette patiente l’a ensuite accompagné dans des congrès et il la présentait aux auditeurs de ses communications qui furent bien obligés d’admettre que cela marche, prend, que c’est un tissu souple et bien vivant, sans aucune différence avec les tissus voisins. Et ceci sur plusieurs années, pour bien montrer que ce n’est pas un résultat temporaire. Il a bien évidemment fini par combler l’autre pommette de sa patiente.
Pendant ce temps, toujours dans les années 80, je constatais moi-même lors de blépharoplasties, que des lobules graisseux injectés au niveau des cernes étaient tout à fait vivants dans un tissu qui à l’origine ne contient aucun adipocyte et Marc Abecassis faisait quant à lui des lipofillings dans le fourreau de la verge, un tissu qui lui non plus n’en contient pas et manifestement, le greffon prenait.

La période Coleman est celle au cours de laquelle la technique est passée de contestée et confidentielle à tout à fait admissible et recommandable, même si cela peut sembler injuste que la technique ait dû faire un détour par les États-Unis pour nous revenir et être enfin admise. Mais ne soyons pas si injustes, la procédure qu’il a développée, a contribué à l’émergence et à la reconnaissance de la technique et l’on parle à présent d’un « Coleman » pour dire un « Filling », y compris dans la très officielle nomenclature des actes, la CCAM.
À présent, les indications se sont précisées, l’anesthésie locale s’est généralisée et le lipofilling des seins ou des fesses en très grandes quantités a convaincu le public que cette technique fonctionne et que la greffe prend, pour toujours.

Bases anatomo-physiologiques
Les critères anatomiques de beauté d’un visage sont très subjectifs et certaines études psychosociologiques montrent que l’évolution des critères de beauté n’a que peu à voir avec la génétique, mais bien plus avec le vécu personnel et l’éducation, c’est pourquoi l’on ne doit pas projeter sur son patient nos propres critères, mais être à l’écoute des siens et répondre à sa demande, dans la mesure de ce qui nous semble personnellement acceptable. Ainsi, lorsque la célèbre artiste Orlan me demande de lui faire des bosses sur le front, je lui explique que je comprends sa demande, mais qu’elle dépasse mon propre entendement et je lui conseille de s’adresser à d’autres chirurgiens, ce qu’elle a fait bien sûr.
En revanche, les critères anatomiques de la jeunesse d’un visage sont plus objectifs, l’évolution avec l’âge de son anatomie étant faite d’une conjonction de relâchement cutané et d’une diminution du volume sous-cutané par l’atrophie de la graisse. Nous pouvons ainsi, après une écoute attentive et une bonne compréhension de la demande du patient, donner notre point de vue de praticien sur la procédure qui conduirait à un rajeunissement efficace du visage. Marc Bon a fait une très belle étude à ce sujet en donnant les caractéristiques anatomiques correspondant à un visage jeune, comparées à celles d’un visage plus âgé, mais je ne suis pas de son avis lorsqu’il donne des critères universels de beauté empruntés aux philosophes grecs. Mon point de vue personnel est que nous ressentons comme beau et attirant, ce qui correspond à la jeunesse, à la bonne santé et en lien avec l’attraction sexuelle.
L’anatomie proprement dite, descriptive et topographique des parties molles et du squelette de la face doit donc évidemment être parfaitement connue, notamment les nerfs sensitifs avec leurs points d’émergence pour une anesthésie tronculaire et les plus gros vaisseaux, de façon à éviter d’injecter de la graisse en intravasculaire.
Mais l’anatomie évolutive qui décrit les changements liés au vieillissement tissulaire à partir desquels nous envisageons telle correction ou telle amélioration, doit également être parfaitement maitrisée, le lipofilling ne s’adressant qu’aux tissus mous qui recouvrent la face. Pour en citer quelques-uns accessibles à une amélioration par lipofilling, notons le creusement des tempes avec un relief visible de l’arcade zygomatique, la plus grande visibilité du squelette frontal ; l’allongement du nez ; le creusement des cernes ; le creusement sous orbitaire au joli nom de « vallée des larmes » ; les plis nasogéniens ; les ridules des lèvres ; les plis d’amertume et le relief des bajoues.

Histologie des adipocytes
Si l’on fait du lipofilling, il faut avoir une idée de l’aspect histologique du tissu adipeux, des dimensions des adipocytes et des tissus qui les accompagnent.
Alors, fragilité des adipocytes, mythe ou réalité ?
Nous entendons souvent dire et voyons même écrit dans des publications scientifiques sérieuses et documentées, que les adipocytes meurent en grande proportion pendant leur extraction par liposuccion ou au cours de leur transfert vers les tissus receveurs, voire ne survivent pas longtemps une fois implantés.
En réalité, il est désormais prouvé que les adipocytes ne sont pas si fragiles et survivent très bien aux « traumatismes » que constituent le fait d’être soumis à la baisse de pression atmosphérique par extraction à la seringue ou au moteur, aux frottements contre les parois de la seringue, des robinets à trois voies ou de l’aiguille de réinjection. Ils survivent même à la congélation lente à moins vingt degrés suivie d’une décongélation plusieurs années après.
La « prise » des greffons serait-elle en cause ? Non, il est bien prouvé que quelle que soit la zone receveuse, les adipocytes greffés prennent, dans un tissus fibreux cicatriciel, même irradié et dans les tissus musculaires, aussi bien sinon mieux, que dans la graisse sous cutanée.
Alors quelle est donc la raison de cette persistante impression que la greffe ne prend pas, ou se résorbe ? Mon hypothèse ou point de vue personnel, qui ne peut être étayé que par une étude difficile et hors de mon champ d’activité, mais qui semble tout à fait logique, est qu’il s’agit d’une impression subjective défavorable au lipofilling, en raison de son évolution physiopathologique.

Image de soi et psychophysiologie
En effet, des études psychologiques ont estimé que l’image que l’on a de soi est mémorisée sur une période de huit jours. Par exemple, lorsque nous changeons radicalement de look en passant de cheveux très longs à une coupe garçonne, on se réveille étonné de sa nouvelle tête, dont on avait oublié pendant la nuit qu’elle avait changé. Ceci dure environ huit jours, au bout desquels l’inverse se produit et l’on est étonné de redécouvrir sur une photo la tête qu’on avait avec les cheveux longs, habitué désormais aux cheveux courts.
Cette physiopsychologie s’applique également aux changements consécutifs à un lipofilling, en tous cas sur le court et moyen terme des semaines qui suivent. Ainsi, le patient subit les changements liés à l’intervention de sorte que l’immédiat post opératoire est fait de gonflements excessifs bien acceptés car temporaires. Le chirurgien est là pour rassurer et expliquer que ce gonflement excessif est lié aux liquides injectés pour l’anesthésie locale, qui vont se résorber en quelques heures à 24 heures environ. Une fois les liquides de l’anesthésie locale résorbés, la surcorrection et la réaction inflammatoire autour des adipocytes non viables ou des globules rouges extravasés vont donner au visage un aspect lissé, effaçant même des rides et ridules non injectées. Le visage est rond et beau comme une pleine lune et la patiente ravie ne tarit pas d’éloges. Mais cet œdème se résorbe et la déception grandit chaque jour, à en déprimer plus d’une ayant totalement oublié le pré opératoire, pour ne constater avec détresse que leurs rides réapparues, en comparaison avec la phase post opératoire inflammatoire et œdématiée qui leur a tant plu. Voilà qui explique selon moi la déception si fréquente. S’ajoute à cela que le vieillissement se poursuit et que certaines rides, en particulier les plis nasogéniens, sont liés à un relâchement de la peau et que si le lipofilling nasogénien permet de retarder l’heure du lifting, il ne peut le remplacer.

La consultation pré opératoire
Le premier contact est important et extrêmement varié, certaines patientes sachant exactement ce qu’elles veulent, souvent envoyées par d’anciennes patientes satisfaites de leur résultat, lorsque d’autres confondant Botox et fillers ou ignorant tout du lipofilling, nécessiteront que l’on prenne le temps de leur expliquer ces différentes techniques et les indications associées. Il faudra revenir par exemple sur la différence entre les rides liées aux contractions musculaires pour lesquelles le Botox est tout indiqué et celles liées à un relâchement cutané ou un glissement des tissus sous cutanés, pour lesquelles le comblement par fillers est préférable, le glissement plus marqué n’étant bien corrigé que par un lifting.
En effet, autant le geste technique est important, autant une bonne indication permet de l’appliquer à bon escient et c’est au cours de la consultation que ce choix se fera avec la patiente, qui sera avertie que le plan de traitement devra être suivi comme un plan de vol, sans modifications de dernière minute, ni de « petit geste complémentaire » non prévu à l’origine, afin d’éviter tout problème.
Ensuite, l’aspect subjectivement décevant du lipofilling qui nous avons vu plus haut, est évoqué et longuement commenté afin d’éviter toutes incompréhensions ou revendications post opératoires, car la déception inéluctable qui survient à la fonte des œdèmes et la réapparition de certaines rides, va laisser l’amère impression que tout s’est résorbé, même si bien sur ce n’est pas le cas.
Enfin, un document de consentement éclairé, un devis et une fiche d’information sont remis à la patiente, invitée à poser toutes questions lui venant à l’esprit après coup, puis une seconde consultation est proposée pour confirmer ou compléter l’indication et les informations avant le jour J.

L’anesthésie locale
Plus besoin de prouver aujourd’hui que l’anesthésie locale n’a aucun effet négatif sur les adipocytes, tant au niveau du site donneur où ils sont prélevés, que du site receveur où ils sont injectés. Ni la xylocaïne, ni l’adrénaline ne sont responsables de quoi que ce soit dans l’impression que les greffons ne prennent pas.
L’anesthésie locale de l’ensemble du visage peut donc se faire en débutant par les points tronculaires, ce qui rendra moins pénibles les piqures suivantes, mais pas nécessairement, puisque de toute façon toutes les zones receveuses sont infiltrées, y compris sous anesthésie générale, pour avoir d’une part une vasoconstriction réduisant au minimum le saignement et de l’autre une hydro dilatation de la zone receveuse, rendant plus sure et précise la déposition des lobules en bonne place.
Ainsi, l’anesthésie locale du visage ne peut être faite que par l’opérateur lui-même, qui va dilater de façon précise, égale et symétrique, les zones qu’il prévoit de combler. La zone donneuse ne demande cependant pas autant de précision et il suffit d’y obtenir un blanchiment le plus affirmé possible pour prélever sans douleur de la graisse exsangue.

Dr Kamal CHERIF-ZAHAR partage son approche et son expertise de la technique du lipofilling

Technique personnelle
Marquage & Photos
Les zones du visage où sera injectée la graisse sont marquées ainsi que la zone donneuse, le plus souvent sous ombilicale, parfois au niveau des lombes des cuisses ou des genoux. Les photos pré opératoires réalisées en consultation sont complétées d’une autre série juste avant l’acte opératoire avec le marquage, qui mémorise dans le dossier les zones traitées.

Anesthésie
L’utilisation de blocs pour commencer l’anesthésie locale de la face peut aider à rendre plus supportable les autres injections locales. Chez les personnes très douillettes, une application d’anesthésie de contact une heure avant peut aider, mais je ne le pratique jamais pour deux raisons, le marquage peut s’en trouver plus facilement effaçable et les aiguilles très fines sont toujours supportables.

Préparer les ingrédients et matériel

  • 500cc de sérum salé isotonique
  • 20cc de xylocaïne à 2%
  • 1mg d’adrénaline
  • Seringues Luer-Lock de 1cc, 10/20cc
  • Robinet à trois voies ou embout de transfert
  • Aiguilles 18G, 21G, 25G et 30G
  • Compresses, bétadine
  • Paire de gants

Installer la patiente
La patiente est installée en décubitus dorsal, le buste légèrement relevé et on lui remet une compresse dans chaque main en la priant de presser la zone piquée dès qu’on aura retiré l’aiguille. Cette légère pression immédiate empêche le saignement capillaire et occupe la patiente qui oublie ainsi de se concentrer sur la douleur.

Préparation du Klein
Aux 500cc de sérum on ajoute 30cc de xylocaïne à 2% et 0,75mg d’adrénaline. C’est cette préparation que nous appellerons le Klein en hommage au génial dermatologue américain qui mériterait un Nobel. Une première seringue de 20cc est chargée de 5cc de xylocaïne à 2%, diluée par le prélèvement de 15cc de Klein.

Blocs
Après avoir changé l’aiguille pour une 30G, injecter chacun des points de bloc, 1cc par point, en sous orbitaires, Frontal, Temporal, Mentonnier, Buccal et parfois 1cc lèvre supérieure et 1cc lèvre inférieure.
12cc à 0,5% ont été injectés, les plus ressentis, l’injection doit être lente, afin que la douleur de distension tissulaire ne soit pas ressentie.

Récréation
Petite récréation de 5 à 10minutes pendant laquelle on peut raconter une histoire drôle ou vérifier que le reste du matériel est servi. Ce temps d’arrêt est important, il permet à l’anesthésie de s’installer, à la patiente de reprendre son souffle, aux effets locaux de l’adrénaline de devenir visibles par un blanchiment de la peau et aux effets à distance de l’adrénaline de se dissiper. Ce temps d’arrêt réduit aussi considérablement les risques de malaise vagal.

Anesthésie des zones donneuses
Recharger la seringue de Klein jusqu’à 20cc et injecter 0,5cc de cette nouvelle dilution sur les points marqués, trois par coté des zones donneuses.
Anesthésie des zones receveuses
Injecter environ 1cc par zone receveuse, tempes sous cutané et sous aponévrotique ; front ; nasogéniens ; amertumes ; sous orbitaires et pommettes ; lèvres ; joues ; cernes.
L’injection dans les zones receveuses ne peut pas être confiée. Elle fait partie du geste chirurgical car elle distend et prépare la zone receveuse à recevoir en bonne place les greffons.

Complément d’anesthésie des zones receveuses
L’injection de 50/100/200cc du Klein complète l’anesthésie des zones donneuses jusqu’à un blanchiment cutané franc et homogène. Il se fait à l’aiguille verte ou à l’aiguille d’infiltration.

Prélèvement
Matériel à usage unique de préférence, mais pas forcément.

  • seringue de prélèvement Luer-Lock de 10 ou 20cc,
  • aiguille de prélèvement 3 mm,

L’aiguille de prélèvement est arrimée sur la seringue Luer-Lock et le prélèvement effectué à travers une mini incision par des allers retours qui n’ont pas besoin d’être rapides ou brutaux et une dépression du piston pas forcément à son maximum. Au contraire, il est recommandé de faire une dépression « au fur et à mesure » que la seringue se remplit. Selon l’abondance de l’infiltration de Klein, les lobules graisseux bien jaunes sont plus ou moins dilués dans du sous nageant de sérum qui se sépare très facilement et rapidement du surnageant. On peut alors vider le sous nageant et prélever à nouveau avec la même seringue, puis une autre ou autant que nécessaire pour avoir le volume désiré, mais en pratique j’ai rarement besoin de plus de deux seringues.
Dans le cas où le prélèvement revient légèrement tinté de sang, couleur framboise, ce qui arrive quand on a prélevé un peu trop tôt sans laisser à l’adrénaline le temps d’agir complètement, on peut « rincer » les lobules en rechargeant la seringue avec du Klein préparé pour l’infiltration et en vidant le sous nageant autant de fois qu’il le faut pour obtenir un sous nageant clair.

Préparation ou séparation
Les seringues sont maintenues à la verticale le temps qu’il faut pour une décantation nette, une à deux minutes suffisent. Pas de centrifugation ni de manipulation autre que des changements d’aiguilles. Les lobules graisseux sont restés dans leurs contenants stériles à usage unique sans aucun contact avec l’air, ni les mains, ni les gants, ni la peau.

Injection
La graisse ainsi décantée est transférée via un montage purgé robinet à trois voies, dans la seringue de 1cc si possible crantée, munie de l’aiguille de réinjection, devenue pour mon usage personnel l’aiguille dite « pompeuse » de 18G, dont je ne prends même plus la peine d’émousser le bout.
Elle permet de faire une injection très précise, dans l’axe que l’on juge le plus commode, en trouant la peau où l’on veut sans laisser de cicatrice et le robinet à trois voies permet de recharger au fur et à mesure sans perdre de temps ni le fil de ce que l’on fait.
Ce temps est le plus chargé en tension et en concentration pour éviter les fausses routes, les injections brutales ou mal réparties et faire en sorte que la symétrie soit parfaite. Le moment le plus délicat est celui de l’injection des cernes, il faut être parfaitement au contact du rebord osseux orbitaire, maitriser les quantités injectées et ne pas être trop ambitieux.
C’est un vrai dilemme que celui des quantités. Je suis partisan du moins plutôt que trop et le dis à mes patientes en multiples périphrases, pour leur expliquer qu’il est toujours plus facile d’en ajouter que d’en retirer, mais si elles sont toutes d’accord au départ, cela ne les empêche pas de revenir déçues et de me dire « ah si j’avais su, je vous en aurais demandé plus ».
Généralement, j’injecte pour un rajeunissement classique, 3 à 4cc par tempe avec parfois 0,4 à 0,5cc par patte d’oie ; 1 à 3cc au front et rides du lion ; 1 à 3cc en sous orbitaire avec 0,3 à 0,5cc par cerne ; 1 à 3 cc par pommette s’il y a lieu ; 1 à 2cc par pli nasogénien ; 0,4 à 1cc plis d’amertume et menton ; 1 à 4cc par joue ; 1à 2cc par lèvre ; 1 à 4cc pour les plis horizontaux du cou.
Au total, nous atteignons une fourchette de 15 à 40cc et je suis le plus souvent autour de 15/20CC, ce qui est peu comparé à certaines publications, mais qui correspond au concept de plan de traitement par petites touches et sur le long terme, que je développe pour mes patientes.

Les autres techniques
Je ne les évoque que pour dire que toutes se valent et que prétendre qu’il est absolument nécessaire de suivre à la lettre telle ou telle technique sous peine de ne pas obtenir les résultats attendus sur la prise des greffons, ne repose sur aucune études comparatives.
Celle de « Coleman » à laquelle je suis tenté d’enlever la majuscule, tant elle est devenue un nom commun, est la fameuse « lipostructure », terme inventé pour la circonstance. Elle suppose une répartition des lobules injectés dans tous les plans sous-cutanés, sous le SMAS intramusculaire, et Coleman insiste dans sa technique sur la centrifugation et la purification des lobules avant leur injection.
Celle de « Fournier » est la technique originale, simplifiée à l’extrême comme aime le faire Pierre Fournier et à laquelle j’ai emprunté tous les principes pour décrire la mienne ci-dessus.

Les suites opératoires
Les patients traversent généralement les phases suivantes :
Insatisfait en raison du gonflement important
Le visage reste un peu trop gonflé pendant 24 à 48 heures, puis l’on est à nouveau présentable pour la vie quotidienne, sauf en cas d’ecchymoses mettant parfois jusqu’à deux semaines à se résorber complètement, mais discrètes avec un maquillage adapté.
Ravi(e) car c’est même mieux que tout ce que l’on aurait pu imaginer
Cette phase pendant laquelle le visage est légèrement œdématié, la peau bien belle et brillante, tendue, parfaitement hydratée, le visage rond comme une pleine lune, comme dans les poèmes des mille et une nuits, dure une à trois ou quatre semaines.
Déçu(e) à en pleurer à mesure que fond l’œdème et que réapparaissent des rides, celles qui par magie avaient disparu sans avoir été traitées ou celles injectées et qui de surcorrigées qu’elles étaient reviennent, comme le pense sincèrement la patiente, comme auparavant, celle-ci ayant déjà oublié comment elle était en pré opératoire, pour ne garder en mémoire que les images de la période ravie.
Cette impression subjective très défavorable mais inhérente à cette technique, est responsable du retard qu’a pris le lipofilling pour s’imposer face aux fillers exogènes qui eux n’ont aucun de ces inconvénients. C’est lors de la consultation pré opératoire qu’il faut vraiment insister sur l’importance de ne pas considérer la phase « ravie », mais bien le résultat après un mois ou un mois et demi post opératoire, pour le comparer à l’aspect pré opératoire.

Risques & Complications
Il n’existe quasiment pas de complications, mais il faut tout de même mentionner le risque infectieux, tout à fait minime. Je n’en ai observé que deux cas sur près de 30 ans, dont l’un manifestement lié à une dépression, qui nous le savons affaiblit les défenses immunitaires. Dans les deux cas, ces complications ont été résolues sans séquelles. Nous trouvons également dans la littérature des cas d’embolies graisseuses ayant pu être à l’origine d’une cécité, à la suite d’une injection dans un vaisseau connecté au réseau rétinien1.
En dehors de ces complications graves, mais tout à fait exceptionnelles, nous rencontrons chez les patients, par ordre de fréquence des insatisfactions possibles : l’impression d’une résorption complète nécessitant une réinjection, plus exceptionnellement, celle que c’est trop et qu’il faudrait en retirer. Mais dans ces cas, pas d’urgence, le plus souvent tout rentre dans l’ordre après quelques mois d’adaptation à sa nouvelle image et une lente et imperceptible réduction des zones implantées continue à se produire de à un à deux ans post opératoire.
Des nodules de quelques millimètres à plusieurs centimètres peuvent se constituer là où un excès de volume a été injecté sans le disperser. Le petit nodule invisible, mais perçu au toucher, finira par se résorber spontanément. En revanche, les volumes plus importants peuvent nécessiter des injections de corticoïdes, voire à l’extrême, une liposuccion délicate.

Dr Kamal CHERIF-ZAHAR partage son approche et son expertise de la technique du lipofilling

Les différents effets du lipofilling
L’effet comblement Filling volumétrique
C’est celui recherché lorsque l’on veut remplir un creux ou augmenter un relief comme par exemple remplir des tempes, une région sous orbitaire creuse ou un menton, des pommettes pas assez saillantes. On met dans ce cas des adipocytes un peu plus longtemps décantés et en quantité plus importante.

L’effet lifting sans bistouri
C’est celui qui donne un effet visuel de lifting en augmentant les volumes du haut de visage, tempes, front, sous orbitaire, et en comblant délicatement les traces d’affaissement du bas du visage, sillons nasogéniens, plis d’amertume et devant les bajoues.

L’effet rénovateur – Filling isométrique
C’est celui recherché lorsque plusieurs fillings ont déjà accompli leur but de comblement et que l’on veut obtenir une rénovation cutanée. On n’injecte alors que très peu d’adipocytes, dilués dans du sous nageant non rincé afin de garder les cellules souches.

Les cellules souches
Pour entretenir et “rénover” la peau, les cellules souches contenues dans la graisse extraite par liposuccion, font l’objet de recherches très intenses. Il est cliniquement prouvé depuis longtemps, avant même que l’on connaisse leur existence, que le lipofilling rénove les tissus et c’est un argument de plus et de poids en sa faveur.

Philosophie générale sur l’entretien de la beauté et de la jeunesse du visage
Je propose à mes patient(e)s une vision à long terme de l’entretien de la beauté et de la jeunesse de leur visage. Il faut bien sûr évoquer tous les aspects de l’hygiène de vie comme le tabagisme et les méfaits d’une exposition excessive au soleil, puis commenter les avantages et inconvénients des fillers exogènes. Si pratiques, j’en déconseille leur utilisation régulière sur la durée, pour n’en considérer que la solution facile et pratique, d’urgence, pour être à son top dans un cas précis ou un autre et je conseille le lipofilling non pas comme une unique opération qui supposerait un effet définitif, mais comme une intervention devant être faite à minima, quitte à être décevante, et répétée tout au long de la vie par petits rajouts supplémentaires, jusqu’à maintenir les résultats, lorsqu’il n’y a plus besoin d’augmentation, et obtenir une rénovation tissulaire, par du filling isométrique.

Conclusion
Pour entretenir la jeunesse et la beauté du visage sur le long terme et dès les premiers gestes, le lipofilling est le meilleur choix, car il s’inscrit dans cet objectif comme une technique naturelle, respectueuse des tissus, sans cicatrice et qui peut être proposée assez tôt, puis plus tardivement, éventuellement associé à un lifting.
La technique en soi n’a pas d’importance, toutes se valent peu ou prou, les adipocytes « prennent » et donnent un effet durable à vie et rénovateur, grâce aux cellules souches qui accompagnent les lobules graisseux.
Si des patientes confondent parfois l’usage du botox avec celui du comblement, il faut bien leur expliquer que le lipofilling agit comme un produit de comblement, mais présentant tout de même de nettes différences avec les fillers exogènes.
Selon ma philosophie personnelle du lipofilling du visage, le plan de traitement anti-âge idéal consiste à injecter avec parcimonie par petites touches, mais à répéter le geste avec régularité au fil des ans.

Dr Kamal Cherif-Zahar est chirurgien plasticien passionné depuis les années 80 par le lipofilling, en particulier du sein. Il est auteur de plusieurs publications scientifiques sur les prothèses mammaires, la liposuccion ou d’autres sujets interdisciplinaires comme la chimiothérapie intratumorale ou le traitement des envenimements, psychosomatique et esthétique.

Références

1 https://www.realself.com/question/fat-injections-around-the-eyes-cause-blindness http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMicm1100804#t=article https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2694002/

2 http://jpmiss2.free.fr/Divers/SFAR_2006/dou03/html/d03_05/DOU03_05.htm

Author: Body Language

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