Nanoparticules, doit-on en avoir peur ?

Nanoparticules Doit-on en avoir peur ? Fondatrice de la marque australienne de cosméceutiques Synergie Skin et de maquillage minéral Synergie Minerals, Terri VINSON explique le rôle des nanoparticules dans les produits cosmétiques.

Photo : Anna Dabrowska, Model: Ophelia Him @ Crystal Model Management, Make up: Daniela Eschbacher, Coiffure: Kim Chincholle

Nanoparticules

Doit-on en avoir peur ?

Fondatrice de la marque australienne de cosméceutiques Synergie Skin et de maquillage minéral Synergie Minerals, Terri VINSON explique le rôle des nanoparticules dans les produits cosmétiques.

La nanotechnologie a révolutionné aussi bien l’industrie médicale que cosmétique et doit être considérée comme un élément crucial des progrès scientifiques et technologiques. Elle a permis des avancées dans l’utilisation de prothèses articulaires, avec un plus faible rejet des tissus osseux artificiels. Elle a également été utilisée afin de minimiser les effets secondaires liés à certains traitements contre le cancer, et l’utilisation du marquage des cellules par des nanoparticules a permis aux scientifiques de découvrir comment les différentes protéines interagissent.
À mon avis, les consommateurs ont été mal informés et induits en erreur sur la nocivité et la toxicité des nanoparticules appliquées par voie topique. En réalité, c’est la particule elle-même ou l’ingrédient « nanophasé » qui peut représenter un danger, mais non le fait qu’une particule ait été nanophasée.

Qu’est-ce qu’une nanoparticule ?
Une nanoparticule se définie par un diamètre inférieur à 100 nanomètres. Une particule de cette dimension est capable de pénétrer la peau humaine et d’interagir avec les cellules. Un nanomètre représente un millionième de millimètre. Pour mettre cela en perspective, une cellule humaine a un diamètre d’environ 10 000 nanomètres, soit environ 100 fois plus large que la plus grande des nanoparticules.
Il est important de comprendre que la nanotechnologie ne définit pas les caractéristiques chimiques de la particule – elle ne définit que sa taille. Par exemple, des nanoparticules d’éléments toxiques tels que le plomb ou l’arsenic inhalées ou appliquées sur la peau dans des doses significatives, seraient mortelles pour l’humain. À l’inverse, des nanoparticules administrant des médicaments contre l’asthme par un inhalateur, pourraient alors sauver la vie d’un asthmatique. Par conséquent, l’ingrédient ou le médicament nanophasé est le plus souvent bénéfique à son destinataire.

Écrans solaires et nanoparticules
En tant que scientifique, je ne crois pas qu’il y ait de toxicité associée à l’application de nanoparticules d’oxyde de zinc par voie topique, comme dans une protection solaire ou un soin cutané anti-inflammatoire. La recherche montre que les particules d’oxyde de zinc de plus de 30 nanomètres, lorsqu’elles sont appliquées par voie topique, ne pénètrent pas le système sanguin et ne présentent donc aucun risque pour la santé humaine. Par ailleurs, les recherches suggèrent également que les doses considérées comme nocives, ne peuvent être atteintes par une application topique normale sur une peau humaine viable.
Il a cependant été signalé que les nanoparticules de dioxyde de titane même à faibles doses, induisent un dommage radicalaire aux cellules vivantes. C’est pourquoi selon moi, ces particules ne devraient pas être nanométriques dans les formulations, afin de s’assurer qu’elles ne pénètrent pas au-delà du stratum corneum et ainsi éviter tout contact avec les cellules du derme. Malheureusement, des particules de dioxyde de titane plus larges, peuvent générer un effet blanchissant sur la peau, peu apprécié par la plupart des consommateurs, en particulier à peaux mates ou foncées.
Aussi, beaucoup de fabricants de maquillage minéral choisissent d’incorporer des particules de dioxyde de titane de large dimension associées à de l’oxyde de zinc afin d’améliorer la protection UV de leurs produits. En toute logique, le maquillage minéral n’est pas censé contenir de nanoparticules, au contraire, les particules incorporées doivent plutôt être grandes et opacifiantes. Après tout, la principale fonction du maquillage est de couvrir les imperfections et non pas d’être invisible sur la peau. En effet, les larges particules d’oxyde de zinc et de dioxyde de titane présentes dans le maquillage minéral sont justement conçues pour créer une couverture physique sur la peau, à la fois protection UV et effet cosmétique couvrant. Et pour en être parfaitement sûr, un fabricant de maquillage devrait toujours être en mesure de fournir les informations souhaitées sur le type et la dimension des particules incorporées dans leurs produits.

L’avenir de la nanotechnologie en cosmétique
En cosmétique, domaine en constante évolution, la nanotechnologie est utilisée avec succès pour offrir de meilleurs systèmes de libération des ingrédients actifs ciblant les cellules de la peau. L’usage des peptides est un excellent exemple de nanoparticules d’actifs utilisées pour améliorer la santé de la peau.
Les peptides sont des protéines suffisamment petites (nanophasées) pour pénétrer les couches supérieures de la peau et sont eux-mêmes des nanoparticules extrêmement efficaces, capables d’apporter à la peau des effets bénéfiques spécifiques. Ils exercent une multitude d’effets biologiques sur les cellules, telles que la stimulation du collagène, la réduction de la pigmentation et la régulation de la production de sébum.
Les facteurs de croissance sont également des nanoparticules, cependant, j’émets de sérieuses réserves concernant leur application topique, en raison de leur potentiel de stimulation de la prolifération de cellules malignes. Beaucoup de recherches sont encore nécessaires sur l’application cutanée de ces nanoparticules et pour ma part, j’ai fait le choix de ne pas formuler avec des facteurs de croissance.
En fin de compte, les consommateurs doivent comprendre qu’une nanoparticule est simplement une description de la taille de la particule, et que c’est la particule elle-même qui peut être nuisible ou bénéfique. Les nanoparticules méritent plus d’être adoptées que redoutées et c’est la connaissance que l’on a d’elles qui peut nous permettre de dissiper les peurs des consommateurs et les aider à prendre des décisions éclairées sur leurs choix de soins cutanés et protections solaires.

Terri Vinson est diplômée en sciences de Monash University en Australie, spécialisée en immunologie et microbiologie, puis a obtenu un diplôme post-universitaire en formulation chimique et un diplôme d’éducation en biologie et sciences supérieures. Elle est Membre de l’Australian Society of Cosmetic Chemists (ASCC), du Vogue Cosmetic Advisory Board, et de l’Australian Academy of Cosmetic Dermal Science (AACDS) en qualité de conseiller senior en formulation.  En tant qu’expert dans son domaine, Terri participe régulièrement à des conférences sur la médecine esthétique et écrit régulièrement pour des publications de l’industrie esthétique, dont Cosmetic Surgery, Beauty Magazine et Professional Beauty Magazine. Elle a récemment publié son premier livre, « The Essential Skincare Guide ».

Author: Body Language

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