Radiofréquence et cosmétiques

Dr Nathalie Tozzi a évalué les effets et résultats sur la qualité de la peau, d’un traitement combinant radiofréquence transépidermique et application de cosméceutique régénérante.

Radiofréquence & cosméceutiques associés

La médecine esthétique peut-elle remplacer la chirurgie réparatrice pour traiter la laxité cutanée modérée après perte de poids importante ? La chirurgie réparatrice permet d’agir sur des excès importants de peau suite à un amaigrissement majeur, mais sans action sur la régénération cutanée. Dr Nathalie TOZZI a évalué les effets et résultats sur la qualité de la peau, d’un traitement combinant radiofréquence transépidermique et application de cosméceutique régénérante.

L’obésité est devenue une pathologie majeure du XXIe siècle et l’augmentation exponentielle du nombre de patients en surpoids est principalement due à une alimentation trop riche en calories et une activité physique insuffisante. Ce fléau entraine une série de pathologies associées, telles que diabète, lésions cardio-vasculaires ou lésions articulaires des membres inférieurs.
La chirurgie de l’obésité est en pleine expansion et les différentes techniques proposées du type bypass ou gastrectomie verticale aident les patients à perdre leur poids et à le stabiliser, mais au prix de dégâts esthétiques importants au niveau de leur silhouette.
L’excès de peau résiduelle lié à ces procédures peut exiger plusieurs interventions chirurgicales pour reconquérir une silhouette acceptable, particulièrement au niveau de l’abdomen, des bras, des hanches, de la poitrine, et laisseront des cicatrices résiduelles témoignant de ces multiples étapes.
Différentes recherches effectuées en 2010 sur la peau de patients ayant perdu du poids par rapport à des patients normaux, ont mis en évidence chez les premiers sujets, une réduction de l’épaisseur des fibres élastiques et une diminution des fibres de collagène qui apparaissent plus épaisses, par rapport aux patients du groupe contrôle. Nous avons observé que 30% des patients qui avaient maigri, présentent un excès cutané modéré lié à une incapacité de la peau à se retendre sur la nouvelle silhouette ostéomusculaire. Cet excès cutané modéré, prédominant au niveau des membres supérieurs et inférieurs, nous amène à effectuer des interventions chirurgicales de simple drapage cutané, mais non anodines, car elles impliquent toujours un risque opératoire, des suites opératoires, un arrêt de travail et des cicatrices.
Nous avons donc évalué les différentes techniques médicales disponibles, capables de réactiver les mécanismes de changement structurel dermique, en vue d’une rétraction cutanée. Notre intérêt s’est focalisé sur les résultats synergiques de deux traitements biologiquement complémentaires sur le plan cellulaire, afin d’obtenir un effet physiologiquement régénérant, tout en préservant naturellement l’homéostasie de la peau : La radiofréquence transépidermique (Legato – Alma Lasers) associée à un traitement topique (crème naturelle Cicolea – L’Ïncantore).

Dr Nathalie Tozzi a évalué les effets et résultats sur la qualité de la peau, d’un traitement combinant radiofréquence transépidermique et application de cosméceutique régénérante. Radiofréquence transépidermique
Cette technologie associe une stimulation douce des kératinocytes par une action thermomécanique qui induit une légère exfoliation superficielle et une dénaturation du collagène dermique induit par le passage d’un flux électronique. L’utilisation de la radiofréquence (RF) pour obtenir une modification de la couche fibro-élastique du derme est liée à l’effet thermique induit par le passage dans les tissus d’un flux d’électrons entre les deux électrodes positionnées sur la peau. Le changement cyclique de direction du flux électrique dans les tissus, engendre une agitation des ions tissulaires et donc une production de chaleur. La quantité de chaleur dépend de l’impédance du courant électrique et du temps d’exposition des tissus. L’énergie produite n’est pas dispersée dans les tissus et n’est pas absorbée par la mélanine, raison pour laquelle la RF est utilisable sur tous les types de peau.
À la différence des traitements ablatifs tels que le laser CO2, la RF ne cause pas de dommage massif du derme. En réalité, la dénaturation thermique du collagène induit une activation des métalloprotéases, donc un renouvellement précoce et plus rapide de la trame fibro-élastique cutanée. La nouvelle trame fibro-élastique est régénérée suivant les forces de tension cutanée, la tension du derme augmente en améliorant l’aspect et l’élasticité de la peau.
Différentes études ont démontré que l’effet du dommage thermique par RF est limité et intéresse le derme tissulaire, sans endommager la couche adipeuse sous-jacente. Initialement indiquée pour obtenir une rétraction cutanée au niveau du visage, ce traitement a ensuite été étendu aux autres parties du corps.
Biologiquement, l’augmentation de chaleur au niveau du derme induit l’exposition du collagène à la température d’environ 65°C pendant quelques secondes. Cette augmentation de chaleur cause la rupture des liens qui rendent le collagène réticulé et transforme ce dernier en une masse gélatineuse. La chaleur produite induit une vasodilatation locale (par effet thermique) et la libération de la substance P, neurotransmetteur (P2X) qui va stimuler les neurones sensibles et induire la production de GNF, à partir des terminaisons nerveuses sensitives. Le GNF déclenche l’inflammation neurogène et participe à l’activation des mécanismes de réparation tissulaire.
Un processus inflammatoire est activé avec une chaîne de réactions biologiques, qui provoquent l’élimination des fibres de collagène et des fibres élastiques, endommagées après l’activation des métalloprotéases : collagénases (MMP-3 ; MMP-13- MMP-8) et élastases (MMP-12). Au cours des heures suivantes, les cellules inflammatoires vont libérer des cytokines, des facteurs de croissance, TGFβ1 (activine) et les métalloprotéases, qui vont augmenter de 60%.
Les observations scientifiques ont démontré que deux jours après un traitement par RF, les facteurs de l’inflammation (cytokines, Il-1B, TNFα) augmentent de 40%. Ces substances ont pour fonction d’augmenter la perméabilité vasculaire et d’activer la migration des leucocytes, qui favorisent le processus inflammatoire (neutrophiles et monocytes).
Par la suite, on observe l’activation des fibroblastes qui vont produire collagène et matrice extracellulaire et donc reconstruire la couche fibro-élastique dermique. Les facteurs neurohormonaux locaux tels que le TGFβ1, ont comme fonction l’augmentation du nombre de fibroblastes et la production de tropocollagène de type 1 (précurseur du collagène de type 1 normalement produit pendant la deuxième phase de la cicatrisation), de tropoélastine, précurseur de l’élastine (188%) et de fibrilline, jusqu’à 65% par rapport aux valeurs de base. Cette phase perdure pendant 28 jours. Le niveau tissulaire élevé de ces substances persiste pendant 4 semaines, pendant lesquelles la régénération du derme se complète.
Une inter stimulation paracrine cellulaire induit un renouvellement complet de toutes les couches dermo-épidermiques.
L’activation des processus de réparation du collagène dermique induit un échange de signaux entre les kératinocytes, stimulés superficiellement sans perte de continuité cellulaire et les fibroblastes en profondeur. Les échanges de signaux sont modulés par le TGF α, envoyé par les fibroblastes aux kératinocytes pour les stimuler à renouveler les cellules endommagées et, par le TGF β envoyé des kératinocytes aux fibroblastes, pour les induire à restructurer le collagène en profondeur.
Puisqu’avec la radiofréquence TE (Legato – Alma Laser) nous n’avons pas un dommage des kératinocytes avec perte de continuité cutanée, mais seulement un effet similaire au « dermal-scrub superficiel », les kératinocytes qui conservent leur interconnexion cellulaire vont produire le TGF β1 (comme pendant la seconde phase de la cicatrisation). Le TGF β1 va activer la métalloprotéine de type 3 (stromélysine) pour remplacer le collagène dénaturé par la chaleur et moduler directement la production du collagène de type I, dont les fibres sont disposées selon les nouvelles forces de tension cutanée.
Tout cela à la différence du laser ablatif, où les kératinocytes endommagés vont stimuler initialement la production du collagène de type III afin de restaurer rapidement la continuité du derme, sans faire attention au degré de résistance élastique de la peau. Par la suite, quand la ré-épithélialisation est complète, les kératinocytes vont activer les collagénases et effectuer le remplacement du collagène de type III temporaire par du collagène de type I définitif, qui est produit et disposé selon les lignes des forces de tension cutanée, afin de restaurer la résistance de la peau et son élasticité.

Association d’un produit topique régénérant
Il est nécessaire de coadjuver la stimulation thermomécanique avec l’application d’un produit topique naturel à base d’extraits de plantes, capable de rétablir naturellement la couche lipidique superficielle, pour éviter la déshydratation cutanée et la contamination bactérienne sur une peau endommagée, et stimuler kératinocytes et fibroblastes en leur apportant les substrats nécessaires à leur renouvellement optimal.
La crème Cicolea (L’Ïncantore) a été conçue pour stimuler la régénération cutanée et l’utilisation d’extraits naturels dans plus de 95% de sa composition en fait un produit naturel. Les effets cliniques observés, confirmés par l’observation des tissus au microscope, nous ont permis d’affirmer que Cicolea engendre une régénération de l’épiderme et du derme. Riche en polyphénols, vitamines et autres substances actives naturelles, elle a démontré son action régénérative, après application quotidienne sur une peau saine relâchée pendant un mois. Le résultat macroscopique a été confirmé par une évaluation histologique de la zone traitée, comparée à la zone non traitée sur le côté opposé. La peau a visiblement changé d’aspect et de texture, avec une augmentation d’épaisseur et de fermeté. On observe une rétraction cutanée et une réduction nette de la visibilité des vergetures.
Sur le plan général, n’oublions pas que pour compléter et améliorer les processus de régénération de la couche dermo-hypodermique, un apport nutritionnel équilibré est important.
Nous avons observé que l’association Radiofréquence Transépidermique, application de Cicolea et apport nutritionnel adapté, active et aide les cellules dermiques dans leurs fonctions de régénération structurelle et accélère donc la rétraction cutanée, nécessaire pour corriger la laxité consécutive à une perte de poids. L’utilisation combinée des deux traitements, une séance de radiofréquence toutes les 5 semaines avec application de Cicolea tous les jours à partir de J 5 de la radiofréquence par Legato, nous a permis d’obtenir des résultats très intéressants. On observe une amélioration de l’aspect et de la texture de la peau avec une nette rétraction cutanée.
L’application de cette procédure au niveau de la face interne des bras ou des cuisses ou sur l’abdomen des sujets qui présentent une laxité cutanée modérée après chirurgie bariatrique, nous permet d’éviter un geste chirurgical plus agressif et toutes les contraintes sanitaires (risques et suites opératoires) et économiques associées (hospitalisation, arrêt de travail).

Discussion
Nous avons évalué l’association d’un traitement physique non agressif et d’un cosméceutique naturel, en vue d’obtenir une accélération naturelle du renouvellement de l’épiderme et du derme. La radiofréquence transépidermique par Legato nous semble la plus adaptée à cette association pour atteindre notre finalité pour plusieurs motivations :

  • l’action du traitement est concentrée sur le collagène dermique qui est dénaturé, engendrant une activation des métalloprotéases et accélérant donc son remplacement naturel ;
  • le traitement n’induit pas de dommages réels sur la zone traitée comme dans le cas d’un laser ablatif qui cause une brûlure épidermique, donc une gêne réelle pour la patiente sans corriger la véritable zone à l’origine de la laxité cutanée, le collagène dermique ;
  • l’absence de dommages sur les kératinocytes engendre un message kératinocytes/fibroblastes qui va induire ces derniers à produire seulement du collagène définitif, le collagène de type I.

L’utilisation de Cicolea, cosméceutique riche en substances actives naturelles, capable entre autres actions de stimuler kératinocytes et fibroblastes en apportant les substrats nécessaires à leur renouvellement optimal, agit en synergie avec la radiofréquence transépidermique Legato. Nous avons observé cliniquement que leur utilisation combinée, accentue la vitesse et la qualité de la régénération dermique et épidermique, favorise la rétraction cutanée après perte de poids et améliore nettement l’aspect des vergetures.

Conclusion
Dans le cas d’un modeste excès cutané après perte de poids ou vieillissement, la médecine esthétique avec l’association Radiofréquence Transépidermique (Legato – Alma Laser), application de Cicolea (L’Ïncantore) et prise en charge nutritionnelle adaptée, est une séduisante alternative à la chirurgie avec une importante réduction des suites et des risques de complications.
Dans le cas d’un important excès cutané, la chirurgie reste le seul traitement capable de mettre en tension la peau, mais elle ne peut pas modifier et améliorer son aspect, sa souplesse et son élasticité. La médecine esthétique, à l’aide d’une cosmétique régénérative conçue pour aider la peau à se régénérer et d’une alimentation adaptée, viendra compléter secondairement le geste opératoire.

Dr Nathalie Tozzi est angiologue, titulaire d’un DIU de Médecine Morphologique et Anti-Age et fondatrice de l’Ïncanto Paris cosméceutiques.

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Author: Body Language

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