Tendances Cosméceutiques

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Photo: Anna Dabrowska, Model: Laureen Vialaa @ Crystal Model Management, Make up: Daniela Eschbacher, Coiffure: Kim Chincholle

TENDANCES COSMÉCEUTIQUES

Prêtresse en la matière, Wendy LEWIS dresse un large panorama des tendances actuelles de l’industrie cosmétique mondiale et revient sur l’influence qu’exercent que les consommateurs sur les tendances et la transformation du marché.

Depuis que le Dr Albert Kligman en a inventé le terme il y a une trentaine d’années, les cosméceutiques sont non seulement devenus extrêmement populaires, mais la valeur de leur marché mondial devrait atteindre 61 milliards de dollars d’ici 2020 d’après les estimations.

Littéralement, des centaines de nouveaux produits envahissent chaque année un marché pourtant déjà très saturé. Si certains parviennent à s’imposer, d’autres disparaissent assez rapidement, pas nécessairement parce qu’ils sont mauvais, mais souvent juste pas assez bons pour se démarquer du lot.
Dans de nombreux cas, ils n’ont tout simplement pas le budget suffisant pour le marketing, la communication et les relations presse, ni pour recruter les forces de vente nécessaires, former et suivre efficacement le personnel en centres esthétiques, cliniques ou cabinets. De plus, les praticiens ne peuvent proposer qu’un nombre de références limité à l’espace dont ils disposent et beaucoup de marques ne peuvent malheureusement pas s’adapter, finissant alors par quitter le réseau professionnel pour se recentrer sur le grand public et la vente directe aux consommateurs.

Aux États-Unis, selon Kline & Co, les produits cutanés anti-âge aux propriétés raffermissantes et antirides devraient continuer à stimuler les ventes et la croissance du marché. Les cosmétiques à la fois soin cutané et maquillage sont toujours en forte demande, mais c’est certainement l’innovation produit et la technologie qui peut permettre aux spécialistes du marketing de se différencier et de développer leurs produits au sein de ce marché fortement concurrentiel.
En Europe, les produits anti-âge devraient être le principal moteur du marché des soins cosmétiques professionnels, les consommateurs recherchant continuellement des produits toujours plus efficaces, des traitements ciblés et des sérums.

Réseaux exclusifs
Aujourd’hui, les patients attendent de recevoir des conseils experts en matière de soins de la peau, afin de comprendre ce qui leur convient et ce qui leur offrira des résultats. Beaucoup de praticiens ou professionnels de la peau regrettent de passer 45 minutes avec des patients qui iront ensuite acheter en ligne les produits recommandés. C’est pourquoi je conseille vivement à mes clients de parler de ce problème avec leurs fournisseurs de produits, car obtenir une exclusivité sur une gamme cosméceutique est un sérieux argument de vente pour leur établissement.
À ce titre, New York pourrait être considérée comme la capitale américaine des « soins signature » – peut-être en raison de plusieurs laboratoires présents sur la région – car l’on voit de nombreux médecins, dermatologues ou chirurgiens plasticiens développer leur propre marque de produits cosmétiques. Mais ces médecins ne proposent pas exclusivement leurs marques et en proposent souvent d’autres. Cependant, avec des espaces de vente parfois limités ne laissant que la possibilité de proposer un nombre défini de références, je recommande aux centres et cliniques d’étudier de près les marques qu’ils envisagent de proposer, de n’en sélectionner que les incontournables et best-sellers, puis de développer ensuite leur stock selon les demandes des acheteurs et le résultat de leurs ventes. Sur une centaine de références, seulement trois à cinq produits seront vraiment des succès commerciaux.

Nouveaux segments clés
Le marché des Milléniales explose, car ils refusent de vieillir comme leurs parents. Ma fille représente la quintessence du Milléniale consommateur de soins cosmétiques, elle est absolument obsédée par la qualité de sa peau. Les Milléniales sont extrêmement instruits et connaisseurs en matière de cosmétiques ; Ils partagent leur savoir avec leurs amis, décryptent et suivent les tendances, investissent leur argent pour le soin de leur peau, de leurs cheveux et de leurs ongles. Ils partagent également leurs expériences, bonnes et mauvaises, sur les médias sociaux, plus particulièrement Instagram et Snapchat.

La catégorie des consommateurs masculins est intéressante. Je ne suis pas convaincue que le nombre d’hommes consommant des cosméceutiques augmente à hauteur des taux qu’avancent les entreprises dans leurs études de marché, mais cela offre un bon « story telling ». Il ne fait aucun doute que les hommes sont plus nombreux à acheter des produits de soins pour la peau, mais je pense que beaucoup d’entre eux n’en achètent qu’occasionnellement et sont des acheteurs complétement différent des femmes. Ils ne sont pas particulièrement fidèles à une marque en soi ; mais juste un peu paresseux et se contentent la plupart du temps d’acheter le même produit encore et encore. Ils sont aussi beaucoup moins observants sur les soins quotidiens et ne peuvent gérer trop de produits ou d’étapes dans une routine de soins quotidiens.
Concernant les procédures, les hommes aiment suivre des traitements le samedi matin, et en semaine le soir après vingt heures ou très tôt le matin, car ils n’ont aucune tolérance pour patienter en salle d’attente. Ils ne sont pas vraiment intéressés à expérimenter et restent sur des soins somme toute assez classiques. Ils préfèrent n’avoir qu’une quantité limitée de produits actifs, car ils ont tendance à ne pas les utiliser correctement, ni dans le bon ordre. En effet, ils n’ont pas été aussi programmés que les femmes à suivre les indications et sont moins enclins à parler entre eux de ce qu’ils utilisent ou lisent sur les tendances.
Autre segment florissant, celui des Baby-Boomers qui évidemment va probablement offrir le plus de ventes potentielles de toutes procédures esthétiques.

Modes de distribution
Beaucoup de médecins sont très intéressés à délivrer des soins cosmétiques et les patients à recevoir des conseils ciblés et des produits exclusifs qu’ils ne trouveront pas au coin de la rue. Je suis convaincue qu’en pré et post procédures, cela peut véritablement contribuer à améliorer les résultats. En effet, il est certainement préférable qu’un patient venant de faire un resurfaçage au laser CO2, écoute et suive vos conseils sur les produits à utiliser ou non ensuite, plutôt que de le voir revenir plus tard, avec des complications ou des problèmes que vous allez devoir gérer.

Vente en ligne
Dans les territoires où il est autorisé de le faire, beaucoup de médecins utilisent leur propre boutique en ligne pour vendre directement à leurs patients et je pense que c’est un bon moyen d’augmenter les ventes. Je pensais que les « marques blanches » étaient en état végétatif depuis un certain temps, mais elles semblent ressusciter et l’on voit à présent beaucoup plus d’options de marque en nom propre pour les médecins.
De nombreux médecins ont maintenant une boutique sur Amazon, mais je vous exhorte de réfléchir à deux fois avant de faire cela, à moins qu’il s’agisse de votre propre marque, parce que la plupart des entreprises de produits que vous délivrez n’apprécient pas du tout cette pratique.
En réalité, ceci est même probablement interdit dans votre contrat avec le fabricant ou distributeur. Les marques sérieuses de cosméceutiques restreignent l’accès des consommateurs à leurs produits, aux seuls experts officiels en soins cutanés, aux cliniques, praticiens et médispas, pour soutenir leurs clients et conserver leur statut de cosmétique professionnelle.

Franchises
Les franchises clés en main fonctionnent très bien pour les médecins peu portés sur les cosmétiques ou ceux qui ne disposent pas d’une esthéticienne dans leur équipe. RegimenMD, une plate-forme web lancée par deux dermatologues réputés aux États-Unis, est un modèle qui offre la possibilité de fournir en ligne des produits de qualité professionnelle aux patients, normalement délivrés par un médecin. Cela permet d’augmenter sa distribution, mais reste tout de même limité dans l’offre et nécessite quelques réajustements, comme le demandent souvent ce nouveau genre d’outils digitaux. Sinon, beaucoup de marques s’associent avec leurs cliniques pour capter des ventes en ligne. ZO Skin Health, par exemple, a mis en œuvre cette stratégie aux États-Unis, ce qui est selon moi très malin et a été une vraie réussite. La clinique obtient tout simplement des crédits pour les ventes qui passent directement par le site Web de la marque et qui se font à plein tarif. Avouons-le, les patients d’aujourd’hui sont programmés pour aller chercher en ligne les produits qu’ils veulent acheter et utiliser, et de cette façon, la clinique obtient des crédits plutôt que de perdre la vente au profit d’un discounter comme eBay ou Amazon.

Soins pré et post procédures
Ces produits restent une catégorie majeure de la distribution en cliniques et centres médico-esthétiques. Les produits topiques et sérums à utiliser après des traitements tels que microneedling, IPL, peelings ou lasers, offrent aux patients de vrais bénéfices en matière de confort et de récupération cutanée. Nous pouvons citer l’exemple de SkinCeuticals qui s’était associé en 2012 au système Clear + Brilliant de Solta, mais d’autres collaborations de ce type existent sur le marché, démontrant l’intérêt d’incorporer un programme de soins cutanés aux procédures basée sur des équipements et dispositifs médicaux, la combinaison permettant de réduire le temps de récupération et d’améliorer les résultats.

Dans certaines régions du monde, notamment la France, il est très difficile voire illégal, de délivrer au patient des cosméceutiques ou des produits directement en cabinet. Cependant, au Moyen-Orient et dans certains pays d’Europe, dans lesquels vous ne pouvez pas vendre directement, une clinique peut par exemple facturer 1000 € un traitement en intégrant les soins pré et post procédures nécessaires. Dans ce cas, ils sont inclus au coût du traitement et techniquement, vous ne vendez pas de produits pour la peau. Il existe encore bien d’autres solutions, comme ouvrir des spas séparés, travailler en collaboration avec des pharmacies, ou encore créer un espace distinct du cabinet, dédié alors à la vente de produits cosmétiques et/ou de services de spa et bien-être.


Rétinol

Le rétinol est véritablement le « Gold standard » en matière de cosméceutiques et il est tellement présent au sein du marché, que les consommateurs de produits anti-âge en utiliseront à un moment ou un autre. bien sûr, ils peuvent aussi se le voir délivrer par les professionnels des soins de la peau, qui leur apprendront à l’utiliser. La plus ancienne méthode consistant à varier l’intensité de la formulation, en débutant par une faible concentration, puis à l’augmenter selon leurs besoins et l’accoutumance de leur peau, reste encore la plus pratiquée. En leur proposant une sélection de produits formulés à base de rétinol, vous êtes en mesure de leur offrir des solutions bien plus efficaces, qu’un tube de Neutrogena Healthy Skin du coin de la rue.

tendancecosmeceutique2Cellules souches et facteurs de croissance
La technologie des cellules souches est incroyablement intéressante, mais ses prétentions sont parfois exagérées. Il existe de nombreuses marques grand public largement promues sur le web et à la télévision, qui ont je crois, une quasi-crédibilité, mais de là à résister à l’épreuve du temps est une autre histoire. Il est en effet très difficile de pénétrer ce nouveau marché des cosméceutiques, en particulier aux États-Unis, certainement l’un des plus matures. Parmi les nouveaux arrivants significatifs, mentionnons Alastin Skincare qui dispose d’une technologie exclusive Tri-Hex, qui se propage comme une nuée parmi les dermatologues américains en utilisation post procédures laser afin d’accélérer la récupération cutanée ; DefenAge est une autre gamme très intéressante composée de trois références, développée par un physicien russe, qui propose un sérum puissant fréquemment utilisé en post microneedling ; et enfin Sente une marque de biotechnologie proposant une gamme de soins cutanés exclusivement distribuée en réseau professionnel.

Acide Hyaluronique (HA)
SkinMedica a connu un énorme succès avec son HA5 Rejuvenating Hydrator et sa formulation riche en acide hyaluronique. Il est certes coûteux, mais d’une taille plutôt généreuse et ne peut être conservé longtemps en stock. L’acide hyaluronique, quelle qu’en soit sa forme, est certainement une solution indispensable à proposer dans un cadre clinique. Le Hyaluron de Swisscode est très populaire et la gamme de soins cosméceutiques du laboratoire Teoxane est parfaitement positionnée en complément de leur gamme d’injectables. L’acide hyaluronique est définitivement un élément à intégrer dans votre pratique, car il fait presque partie aujourd’hui de la « grande consommation » et les consommateurs comprennent parfaitement son fonctionnement et son pouvoir anti-âge. Ils sont habitués à faire des injections d’acide hyaluronique, de sorte qu’il est tout naturel qu’ils souhaitent également en appliquer sur leur peau en marge des procédures médicales esthétiques.

Quand le cosmétique devient soin
Les produits de soins cutanés et de maquillage ont fusionné depuis un certain temps déjà et les correcteurs de teint font véritablement le buzz ces dernières années. J’avais écrit un article sur le positionnement des cosmétiques de couleur en cliniques esthétiques, pour PRIME International Anti-Aging Journal il y a quelques années et j’ai été frappée par ce que j’ai appris en interviewant les médecins américains. La plupart d’entre eux, à l’exception de deux éminents dermatologues New Yorkais, proposaient au sein de leur structure une quantité non négligeable de cosmétiques correcteurs de teint, maquillage minéral et de camouflage, y compris du maquillage classique, et cela fonctionnait très bien auprès de leur patientèle.

Nous pouvons citer les marques Jane Iredale, Glo Minerals ou Colorescience, parmi les plus représentées en cliniques depuis de nombreuses années ou encore Oxygenetix, une excellente marque à considérer avec intérêt, mais il en existe à présent bien d’autres, disponibles sur le marché. Cependant, une note de prudence est absolument nécessaire quant à l’introduction de maquillage et correcteurs de teint dans votre établissement si vous n’avez pas une esthéticienne dédiée, qui saura comment le dispenser auprès des patients, car cela se rapproche plus d’une tendance beauté impliquant quelques « règles » à respecter, que d’un soin cutané.

De plus, si vous traitez un large éventail de types de peau, comme la plupart des cliniques le font aujourd’hui, vous aurez besoin de nombreuses références pour répondre aux différents teints et types de peau des patients. Cela peut alors devenir un vrai problème de logistique, de stockage, un défi en matière de présentoirs, sans oublier les besoins de former et entrainer les patients sur la meilleure façon de mixer les différents produits pour les utiliser efficacement. Mon conseil personnel est de se limiter aux fonds de teint et correcteurs, écrans solaires teintés et maquillage camouflant, et d’éviter la tentation de plonger dans les autres produits de maquillage pour les yeux, crayons, blushs, mascaras et autres rouges à lèvres, à moins d’être parfaitement entouré par une équipe dédiée et idéalement positionné pour réussir.

En revanche, les améliorateurs de cils sont une forte tendance et cela vaut la peine d’en référencer au moins un d’une marque reconnue et ayant démontré des résultats, car la demande des patients est croissante.
Beaucoup de produits cosmétiques de couleur sont combinés à des ingrédients actifs contre l’acné, comme le Peroxyde de benzoyle, ou des actifs anti-âge. Les BB et CC crèmes originaires de Corée, sont toujours au top et dorénavant, presque toutes les marques en proposent, même les gammes professionnelles délivrées sur prescription d’un médecin.

Enfin, les indétrônables antioxydants (vitamine C, E, polyphénols, resvératrol, acide ferulique, etc…), l’acide hyaluronique pour les peaux sèches et évidemment une gamme de SPF élevés sous diverses formes pour répondre au plus large éventail de préférences des patients (lotion, crème, spray, gel, oral) sont des incontournables absolus. En tant que praticien, il est de votre intérêt et je dirais même de votre responsabilité, d’éduquer vos patients sur les bénéfices à appliquer quotidiennement une bonne protection solaire, toute l’année, même lorsque le ciel est nuageux.

Produits naturels
Personnellement, je n’ai jamais pris parti pour la plupart des marques résolument naturelles, cependant cette catégorie est définitivement en hausse et je pense qu’en intégrer une à votre pratique peut présenter un intérêt. Tata Harper, une américaine possédant une grande ferme dans le Vermont, a lancé ses propres produits cosmétiques naturels aux États-Unis, qui ont rencontré un large succès malgré des prix pourtant incroyablement élevés.
Les produits de beauté « green » ou biologiques séduisent un certain type de patients, définitivement influencés par les célébrités, plutôt jeunes, situés dans la tranche des millénials et qui ne souhaitent pas retrouver trop de conservateurs dans leurs produits. Certaines de ces marques ont donc une durée de conservation beaucoup plus courte, pouvant ne pas convenir à votre pratique, à moins d’avoir suffisamment de patients intéressés par cette catégorie particulière. Si vous vous intéressez à ce type de produits, il sera judicieux d’identifier deux ou trois marques et n’en proposer que quelques références, pour tâter le terrain auprès des patients. Je ne suis pas certaine que des produits cosmétiques certifiés biologiques puissent véritablement remplacer la cosmétique active que nous sommes habitués à voir délivrée en cabinet ou en clinique, mais ils peuvent jouer un rôle.

Cependant, il est primordial de vous préoccuper des labels affichés et des prétentions annoncées des produits de cette catégorie, et si vous décidez de référencer une marque bio, elle devra être certifiée biologique par les organismes appropriés pour être crédible. Il faut veuiller à ce qu’elle ait le USDA organic seal ou le EcoCert selon les territoires, pour vous assurer d’investir dans un produit de qualité.

Nutraceutiques
Nous voyons de plus en plus de suppléments oraux, tels les produits canadiens Glisodin, les américains Vitamedica et bien d’autres. Les versions sous forme de boisson « beauté » florissent également, visiblement une catégorie émergente. Skinade, Aneva, Collagen Gold, ou encore le nouveau programme Aethern Advanced Skin Beauty provenant d’Espagne, sont parmi les marques mondiales les plus représentées en cliniques et médispas. Ils auront certainement un rôle à jouer auprès des patients, si leurs produits offrent de véritables preuves cliniques et d’efficacité.

Solutions thérapeutiques capillaires
Le soin des cheveux est un sujet brûlant. J’ai connu de nombreux médecins ayant créé leurs propres solutions de restauration capillaire et formulations de produits pour la santé des cheveux, qui cherchent encore à présent comment pénétrer le marché avec leurs produits. Les traitements de repousse des cheveux sur le marché féminin, tout comme celui des hommes, augmentent significativement, autant ceux en vente libre que ceux dispensés en réseau professionnel et l’intérêt général pour ces produits est certain.

Photo by Anna Dabrowska

Photo: Anna Dabrowska, Model: Taina Oliveira @ Crystal Model Management, Roki, Eleonora @ DMG, Make up: Daniela Eschbacher, Coiffure: Kim Chincholle

 

Dans ce domaine, les nutraceutiques représentent une importante catégorie, mais ne sont pas si bon marché pour les consommateurs. Typiquement, ils achètent généralement ces produits conçus sous forme de cures de 30 jours, mais vont devoir en utiliser pendant une durée bien plus longue, si ce n’est indéfiniment. Pourtant, derrière un certain nombre de grandes marques ou de nouveaux entrants sur le marché, la recherche scientifique est bien là et appuyée par des essais cliniques suffisamment sérieux démontrant leur efficacité.
Nous pouvons citer Qilib, récemment lancé dans les pharmacies par Galderma ou Viviscal qui est une référence en la matière, notamment avec sa ligne Viviscal Pro, très bien notée par les dermatologues aux Etats-Unis. Une nouvelle marque de vitamine capillaire, Nutrafol, propose une formulation dédiée aux femmes et une autre aux hommes, disponible en clinique et au grand public. Nous voyons également beaucoup de marques de soins capillaires lancer trois à quatre produits en même temps : shampoing, conditionneur, associés à un anti-irritant pour les démangeaisons ou un soin antipelliculaire. C’est un ajout assez intéressant et naturel, si vous vendez déjà activement des soins cutanés professionnels et que vous pensez avoir des patients ayant un intérêt et le budget pour ce type de produits. Je crois que cette catégorie de soins capillaires mérite l’attention des cliniques distribuant ou commercialisant des produits cosmétiques.

D’autres solutions font leur apparition pour les femmes et les hommes, comme la société américaine Capillus Laser, qui propose un dispositif LED installé dans une casquette de baseball, pour rebooster la croissance des cheveux, et qui a récemment obtenu l’agrément de la FDA pour les femmes. Assez surprenant, car les femmes arrivent généralement au deuxième plan, les marques ayant plutôt tendance à souhaiter en premier lieu un agrément pour les hommes. Pourtant, les femmes sont tout autant motivées que les hommes, à conserver leurs cheveux ou à en inverser leur perte.

Appareils de beauté
Ces « dispositifs de poche » dédiés à la beauté ont véritablement fait leur entrée au domicile des patients qui cherchent à maintenir les effets et résultats de soins reçus en cabinet. Nous constatons beaucoup de nouveautés dédiées au visage, mais également pour les mains, les pieds, le décolleté, les cheveux et le corps.
Les catégories clés sont l’épilation, le nettoyage de la peau, l’anti-âge, l’anti-acné et le blanchiment des dents.

L’épilation a été l’un des piliers des équipements à domicile, tels les leaders Tria et Silk’n, mais bien d’autres sont à présent disponibles.
Une nouvelle génération d’appareils a ensuite fait son apparition, les brosses électriques pour le nettoyage de la peau et l’application de maquillage, et les ventes continuent de se développer fortement. Clarisonic reste le leader du marché, mais est aujourd’hui confronté à une forte concurrence de marques provenant principalement d’Asie, très concurrentielles sur les prix. Il existe également beaucoup d’autres appareils de technologies type IPL, disponibles pour traiter les rides, la pigmentation ou encore l’acné et les peaux grasses. L’une des arrivées les plus récentes sur ce marché est l’appareil Newa développé par la société Endymed, dont la technologie « 3 Deep Skincare » pour la retente cutanée, représente certainement la prochaine frontière des équipements à domicile.

Les traitements ciblés pour les yeux, les lèvres, les mains et le décolleté gagnent en popularité, comme nous avons pu le voir avec le succès de Clarisonic et nous voyons arriver de nouveaux concepts d’appareils facilitant la pénétration des actifs cosmétiques, tels que le Ultrasonic Infuser de Jenu qui de surcroit, présente des données cliniques sérieuses montrant l’efficacité du système. Parmi les autres dispositifs de soins à domicile populaires, certains offrent une sorte de microdermabrasion pour exfoliation profonde, comme PMD et Riiviva.

Microneedling
Le microneedling est l’un des soins incontournables en cliniques et cabinets esthétiques, notamment combiné à des soins topiques ou à d’autres types d’équipements médicaux, dans le traitement des cicatrices, cicatrices d’acné, vergetures, cellulite, rides et photovieillissement. La marque Environ, fondée par le chirurgien plasticien sud-africain Dr Des Fernandes, considéré comme l’un des pionniers en soins cliniques pour la peau, propose aussi différents types de rollers associés à sa gamme de produits. Aussi, nombre des équipements les moins chers en provenance d’Asie posent des questions en matière d’efficacité et de sécurité, qu’il s’agisse de tampons de microneedling, stylos ou pistolet injecteurs à utiliser en clinique ou à domicile. Les praticiens doivent donc être à l’affût de la qualité des accessoires de microneedling, en raison des potentielles complications en matière d’hyperpigmentation, de cicatrices ou encore d’infections possibles.

Améliorateurs de cils et sourcils
Ils représentent une énorme catégorie aux récompenses annuelles du Cosmetic Executive Women Beauty Awards et il faut reconnaitre que le soin des cils est un gros business. À ma connaissance, les solutions Latisse et Lumigan (Allergan) pour la pousse des cils restent les seules marques sur prescription médicale et de nombreux médecins aux États-Unis recommandent aussi l’utilisation de Latisse pour les sourcils, avec des résultats impressionnants.

Contrôle pigmentaire
C’est un domaine de forte croissance et d’opportunités, en particulier sur le marché multiculturel du Royaume-Uni. De nombreuses et efficaces alternatives à l’hydroquinone continuent d’émerger sur le marché, solutions largement adoptées par les praticiens et les patients. Aux États-Unis, nous ne pouvons utiliser des termes tels que « éclaircissement » ou « blanchiment » de la peau pour plusieurs raisons, la plus importante étant que la FDA considère cela comme des allégations de médicaments, auxquels s’appliquent une stricte réglementation.

Il existe de nombreux soins combinés illuminateur de teint, extrêmement populaires chez les patients. Par exemple, le kit Lytera de SkinMedica qui comporte trois références ; ZO Skin Health propose aussi plusieurs kits de produits agissant en synergie et ciblant différentes pathologies cutanées ou indications spécifiques.

Les patients ont aujourd’hui compris que les désordres pigmentaires sont signe de vieillissement cutané. À mon avis, réduire l’hyperpigmentation est devenue une priorité absolue pour les cliniques esthétiques qui doivent proposer une sélection d’agents topiques efficaces et de traitements légers à agressifs, capables de répondre à cette préoccupation clé pour tous les types de peau. Il est clair que le vieillissement cutané, l’acné, la pigmentation et les rougeurs sont les principales préoccupations de la plupart, voire de tous les patients que vous recevez en cabinet. La retente cutanée, la fonte graisseuse et la cellulite sont de leurs côtés les principaux domaines d’intérêt concernant le corps.

K-Beauty
L’intérêt pour les concepts beauté à la coréenne ou K-Beauty à l’anglo-saxonne, a spécialement décollé chez les Millennials. Ils sont absolument fascinés par la plupart des dispositifs, équipements, produits et techniques provenant du marché asiatique, qui a d’ailleurs eu un impact majeur sur le secteur des cosmétiques à l’échelle mondiale. La presse beauté est actuellement tout autant obsédée par tout ce qui provient de l’Asie.

L’une des grandes tendances est le « Multi-masking » ou l’art de se faire un masque sur-mesure, totalement personnalisé et adapté aux différents besoins de chacune des zones de notre visage. Si l’on voit de plus en plus de masques pour le visage – dont les indétrônables masques en tissu-, le corps, les mains, le contour des yeux et le cou, intégrer les gammes de soins cosmétiques, ces produits sont idéaux à utiliser lors d’un traitement au cabinet, car ils permettent aussi de présenter une nouvelle gamme à ses patients et de leur offrir un échantillon ou un « travel size » pour essayer à la maison.

Autre tendance en hausse, le rasage facial des femmes, pour lequel on trouve désormais des appareils dédiés à cette pratique, comme le très populaire DermaFlash vendu chez Sephora. Ce concept pas si nouveau, mais revenu en grâce assez récemment, est aussi connu sous le nom de « dermaplaning », popularisé dans les années 1990 et qui aurait même été pratiqué par Maryline Monroe et Elisabeth Taylor.

Les peelings de pieds coréens chargés d’acide lactique et d’urée, peu coûteux et offrant des résultats étonnants, sont maintenant largement copiés par d’autres marques de soins du visage et du corps.

Enfin, les « Cushion compacts » proposés à l’origine par des marques spécialisées dans ces produits, se répandent comme une traînée de poudre, proposés à présent par les marques internationales de cosmétiques premium tels Lancôme et Estée Lauder, jusqu’aux discounters et pharmacies.

Perspectives
Une chose est sûre, les formulations personnalisées gagnent en popularité. Aussi, nous constatons que la vente via les réseaux sociaux va probablement énormément se développer ; nombre de centres ou de cliniques se débrouillant déjà très bien sur Pinterest et Instagram pour vendre leurs marques « signature » ou gammes exclusives de cosmétiques professionnels.

Les photos et les résultats avant/après sont un énorme argument de vente, mais il n’est pas toujours aisé d’en disposer et en tant qu’industrie, honnêtement, nous sommes un peu à la traine. Pourtant, être en mesure de montrer de bonnes images est un formidable outil pour promouvoir l’efficacité de produits cosmétiques et soins cutanés, car finalement, les patients n’ont pas tant d’imagination.
Il est difficile d’attendre d’eux qu’ils prennent comme acte de foi, que la crème à 150 euros que vous leur proposez, va définitivement les débarrasser de leurs problèmes de pigmentation ou rajeunir leur peau de 10 ans. Ils ont déjà tous entendu ce discours auparavant et ont été déçus ou trompés de trop nombreuses fois.
Aussi, en tant que praticiens de l’esthétique et professionnels des soins de la peau, nous devons exiger des fournisseurs et laboratoires, des preuves cliniques d’efficacité et de la documentation sur des résultats pouvant être validés, afin de toujours tirer cette industrie vers le haut, dans l’intérêt des patients. Dans une industrie qui prend ses racines avec des produits vantés comme étant « fabuleux », « miraculeux », « rajeunissants » et un chapelet d’autres adjectifs douteux, nous devons toujours garder conscience d’offrir aux consommateurs des conseils éclairés, basés sur l’expertise et des données fiables, et d’éviter la surenchère commerciale.
C’est la meilleure façon d’inspirer confiance et fidélité à votre réputation personnelle, celle de votre établissement, voire celle de votre marque.

Wendy Lewis est une consultante de renom en esthétique et fondatrice de Wendy Lewis & Co Ltd en 1997 à New York, une société de conseil en communication, marketing et médias sociaux (wendylewisco.com), dont elle est Présidente et gère une équipe de consultants pour des fabricants de dispositifs médicaux, des laboratoires pharmaceutiques, des marques de cosmétiques et de biotechnologies, ainsi que pour des praticiens de différentes spécialités et des spas médicaux. Auteure de 11 ouvrages, dont America’s Cosmetic Doctors & Dentistes (Castle Connolly Medical) et Plastic Makes Perfect (Orion), elle a lancé en 2008 le blog Beautyinthebag.com dont elle est rédactrice en chef.

Références

1. businesswire.com/news/home/20160323006461/en/Global-Cosmeceuticals- Market-Worth-USD-61-Billion

2. klinegroup.com/blogs/index.php/2016/01/21/whats-the-current-pulseof- the-professional-skin-care-markets-ineurope-and-the-united-states

3. clearandbrilliant.com/cbphysician/c-bscience/c-b-science

Author: Body Language

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