Le visage sublimé

Trois auteurs donc, deux professeures, l’une d’Histoire de l’Art, l’autre de Philosophie, et un médecin, dessinent en trois opus - Le visage inspiré, Le visage transcendé, Le visage remodelé - une étude pluridisciplinaire aux rapprochements inédits, croisement de perspectives historiques, philosophiques et médicales.Le visage sublimé de chair et d’âme

Avec un préambule du Sculpteur et Portraitiste Philippe Faraut, le ton est donné à cet ouvrage original écrit à six mains, qui plonge au cœur d’un thème universel, le Visage.
Trois auteurs donc, deux professeures, l’une d’Histoire de l’Art, l’autre de Philosophie, et un médecin, dessinent en trois opus – Le visage inspiré, Le visage transcendé, Le visage remodelé – une étude pluridisciplinaire aux rapprochements inédits, croisement de perspectives historiques, philosophiques et médicales.

Se pose tout d’abord la question de la représentation du visage et de son histoire, racontée au fil des premiers chapitres par Ondine Roman qui ouvre ainsi son Visage inspiré, « Modelé par l’Histoire et une constante méditation sur l’homme, les dieux et le cosmos, le visage surgira au terme d’une lente ascension, en pleine lumière. Idéalisé tout d’abord, il affichera progressivement la vraisemblance, la ressemblance, mais non la vérité ». Puis elle dessine un itinéraire en forme de galerie d’art, voyageant depuis la préhistoire à la Grande Guerre et ses Gueules cassées, que la médecine essayera de soigner et de reconstruire, faisant naître la Chirurgie réparatrice. Intuition du monde des arts, de cette apocalypse ? Ondine Roman nous guide au travers des portraits du XXème siècle. De Picasso à Otto Dix, « les artistes pressentent les profondes déchirures de XXe siècle » dit-elle, « Des faciès équarris des Demoiselles d’Avignon aux morts-vivants d’Otto Dix, le visage va subir d’étranges métamorphoses ». Cubisme, dadaïsme, futurisme, nous rappelle-t-elle, feront éclater les vieux principes académiques.
Puisque seul l’homme a l’honneur d’un visage, Stéphanie Cannatella s’interroge ensuite dans Le visage transcendé, sur ce qu’il révèle ou dissimule de la conscience qu’il abrite car s’il parle, il se tait. Questionnant philosophie, littérature, art, médecine et chirurgie, elle explore le paradoxe que représente le visage, figure de l’intime de soi qui s’offre pourtant au regard des autres. Cet « objet » essentiel de la relation humaine, entre les apparences et ce qu’il donne à voir de l’âme. Un masque derrière lequel s’abrite le meilleur comme le pire, « la banalité du visage du mal » dit Hannah Arendt en parlant de Eichmann. Et comme en écho aux Gueules cassées du chapitre précèdent, il est question de la perte de ce visage, de défiguration, Stéphanie Cannatella expliquant, « la perte du visage entraîne une altération profonde de l’image de soi. Le visage est le lieu où se concentre entièrement l’identité de l’homme, le lieu où s’incarne son nom. L’homme défiguré est ainsi privé de son être », pour conclure sur la chirurgie esthétique et réparatrice, évoquant le travail du Professeur Devauchelle sur la première greffe de visage et les questions éthiques et philosophiques qu’elle entraîne. Car il ne s’agit pas d’un simple organe fonctionnel, « Dès lors, que devient l’identité de la personne greffée avec le visage d’une autre ? », interroge-t-elle, et Isabelle Dinoire d’y répondre en 2008 sur RTL : « ce visage, ça y est… c’est le mien ».
Dans Le visage remodelé, Dr Frédéric Braccini s’intéresse en ce que le visage se fait témoin de notre identité, introduisant la notion du beau, si délicate à définir. Celle qui se cache entre, mythe et réalité d’une perfection absolue recherchée dans le Nombre d’or, et les réelles émotions liées à la beauté d’un visage reflet de nos sentiments. Pourtant, les marques de la fuite du temps à laquelle nous assujettit notre condition humaine nous tourmentent, comme si notre identité s’altérait en même temps que notre apparence. Mais la médecine et la chirurgie esthétique ont bouleversé le contrôle de l’image de soi, il est désormais possible de littéralement sculpter un visage et maintenir des expressions faciales naturelles, en combinant les techniques modernes.
De cette orientation nouvelle en médecine, Frédéric Braccini nous dit tout, du processus de vieillissement du visage, aux solutions concrètes qu’offrent chirurgie et médecine esthétique chacune à leur manière. Quand la dernière « injecte, comble les rides et dépressions, joue avec les balances musculaires de la face, jusqu’à recouvrer le visage de référence », Dr Braccini compare les processus chirurgicaux au geste de l’artiste, « le peintre et le sculpteur figurent, défigurent, transfigurent, jusqu’à l’effacement du visage. Le chirurgien sculpte, remodèle, transforme, jusqu’à la greffe du visage ».
Puis il conclut cet ouvrage par le futur de la chirurgie faciale, la « grande aventure scientifique du XXIe siècle ou vivre avec le visage d’un autre », parlant de ce « Prodigieux, émouvant et étrange greffon (…) dépouillé de toute force émotionnelle dans les mains du chirurgien », non plus visage, mais Face comme le nomme le Professeur Lantieri, précisant à propos de la greffe de visage, « Nous ne prélevons pas le visage de ce patient décédé, mais sa face, c’est-à-dire la structure anatomique. Le visage est l’expression de la personne : on ne peut la greffer ».

« Le visage sublimé », préambule de Philippe Faraut, écrit par Dr. Frédéric Braccini, Ondine Roman et Stéphanie Cannatella. Paru aux Éditions Ovadia leseditionsovadia.com

Amelie Prevost pour Body Language N12

Author: Body Language

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